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L’historiographie de la colonisation jusqu’au XVIIIème siècle

Très tôt, au Paraguay est née la conscience de transmettre l’histoire du pays. Les multiples conquêtes du Río de la Plata sont tout à fait uniques et se devaient d’être racontées. Chaque époque a pu compter sur son historien pour graver à jamais les accomplissements des conquistadors.

Utz Schmidl, historien du Paraguay

La naissance des premières chroniques

Le premier livre décrivant l’histoire du Paraguay fut Comentarios de l’adelantado (fonctionnaire de la Couronne) Alvar Núnez Cabeza de Vaca en 1555. Ensuite en 1567, une collection allemande de voyages Viaje y derrotero, « voyage et chemin », raconte la conquête du Paraguay. Son auteur se nomme Ulrico o Utz Schmidl.  Ancien soldat, il officiait dans l’armée de Mendoza, un grand conquistador à la recherche de la Sierra de la Plata, le trésor du Haut-Pérou. L’œuvre relate les pensées et les sentiments des capitaines et des soldats de la conquête. En 1602, La Argentina, le texte poétique de Martín del Barco Centenera, fait preuve d’un grand réalisme historique. Il s’agit de la première chronique générale de la Conquête.

Le neveu d’Irala, grand homme politique, Ruy Díaz de Guzmán, entreprend la première écriture paraguayenne. Né d’une mère indigène, il vit successivement dans le Guayra, Córdoba et le Haut-Pérou. Il revient à Asunción en 1620 et rapporte les manuscrits de l’histoire concernant la découverte, la conquête et le peuplement du Río de la Plata. Il nomma son travail La Argentina et meurt en 1629 avant de voir son travail imprimé.

																					
Histoire du Paraguay du français Charlevoix, historien

Les chroniques jésuites

Les Jésuites, installés dès la moitié du XVIème siècle au Paraguay, sont des hommes de savoir et de culture. Ils narrent à leur tour la vie quotidienne : villages, coutumes, fleuves, faune et flore etc. Ils ont réuni dans leurs travaux de nombreuses informations sur l’histoire et la nature du pays. De nombreuses œuvres ont donc été publiées tout au long des siècles de vie. La première s’intitule Conquista espiritual du père Antonio Ruiz de Montoya. De même, on peut citer : Vidas, Historia Provinciae Paraguae de Techo. La Historia de la conquista et La Historia de las revoluciones de Lozano sont les œuvres principales de la colonisation. Enfin certains ouvrages connaissent une renommée internationale comme Il Crestanissimo Felice, de l’italien Muratori ou encore Histoire du Paraguay du français Charlevoix. Malgré leur expulsion sous ordre royal en 1767, les Jésuites continuèrent d’écrire sur le Paraguay à l’instar de Sánchez Labrador, le plus érudit d’entre eux qui laissa trois encyclopédies majeures : Paraguay Natural, Paraguay cultivado et Paraguay católico.

																					
Félix de Azara, Espagnol

Les auteurs majeurs du XVIIIème siècle

L’espagnol Félix de Azara est naturaliste et chargé par le Cabildo en 1793 d’« illustrer l’histoire passée et future et donner un louable exemple et un stimulus puissant à toutes les villes ». Il publie alors de nombreux livres, notamment sur les quadrupèdes et les oiseaux. Puis en 1809, il sort Viajes, qui le sacre comme historien et naturaliste important. Description et histoire du Paraguay et du Río de la Plata en 1847, Mémoire sur l’état rural ou encore Géographie physique et sphérique des Provinces du Paraguay gagnent la postérité, un cas original pour un scientifique de ce siècle.

Juan Francisco Aguirre faisait également partie de la Commission dirigée par Azara. Il participa aux investigations sur le Paraguay. Ses notes étaient conservées dans son Diario, son journal publié dans son intégralité entre 1949 et 1951. Il s’agit de l’œuvre historique la plus importante sur le Paraguay fin colonial.