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Les missions jésuites au Paraguay

Tout au long du XVIIème et XVIIIème siècle trente missions jésuites ont vu le jour dans le bassin du Rio de la Plata.

Missions Jésuites, Paraguay

Les missions jésuites ont mêlé culture autochtone et attributs chrétiens et ce, dans un style à la fois baroque, grecque et romain. Les premiers jésuites dateraient de 1588 dans la province de Guayas. A cette époque, Philippe II Roi d’Espagne veut christianiser les peuples indigènes et les protéger du système de travail colonial esclavagiste. C’est de cette initiative et de celle de la compagnie de Jésus que va débuter le processus d’acculturation de la population autochtone. Ainsi, les populations vont se sédentariser et se convertir au christianisme tout en conservant leur propre coutume guarani (ex : la culture du maté). Ce phénomène va entrainer la création de « réductions » au sein desquels les populations sont tournées vers la vie civile et l’Eglise. Autrement appelées « missions catholiques », ces organisations urbaines autonomes étaient gouvernées par la souveraineté divine. A terme, les chrétiens missionnaires sont parvenus à convertir au catholicisme de nombreux peuples du bassin Rio de la Plata.

																					
Carte du Paraguay des missions jésuites

L’agencement des missions sont toutes similaires : l’Eglise, placée au cœur de la mission, est l’unité de base et le centre de la vie spirituelle. A proximité de cette dernière se trouvent les résidences des pères jésuites et de caciques. Chaque mission dispose d’une place principale construite en fonction des quatre points cardinaux au niveau desquels figurent des croix, statues ou encore sanctuaires. D’autres espaces et édifices composent la mission telle que des cloitres pour les ateliers, une cour, un jardin, un cimetière ou encore une prison.

Les missions jésuites, vestiges du passé paraguayen, sont aujourd’hui des ruines archéologiques. Au total, on en recense trente réparties entre le Brésil, l’Argentine, la Bolivie et le Paraguay et dont la première aurait été construite en 1609. Les réductions sont le reflet d’une avancée intellectuelle, artistique et architecturale donnant l’illusion d’une république à l’intérieur de l’empire espagnol.  Elles sont le lieu de l’esprit et du pouvoir de Dieu.

																					

Missions jésuites de la Santísima Trinidad de Paraná

En 1700, la réduction de San Carlos, au sud de Candelaria, est en proie à une surpopulation d’indiens ce qui oblige les jésuites à en fonder une nouvelle. C’est en 1706 que la mission Santisima Trinidad de Paraná voit le jour. Située à 9km du Rio de la Plata et à 28 km au nord-est d’Encarnacion dans la région de Trinidad à Itapúa, la mission accueille initialement 608 familles en provenance de San Carlos et finit par atteindre 3.000 habitants indigènes guaranis en 1728.

Trinidad de Paraná est réputée pour l’esthétisme singulier de son architecture et l’agencement de son espace : Eglise, collège, maisons des indiens, place. Ce nouveau genre architectural combinant le style baroque et romain avec des traits traditionnels de la culture autochtone est l’œuvre de l’architecte religieux milanais Juan Bautista Primoli. Son savoir-faire a eu un fort écho dans l’ensemble de la région de la Plata. Apres sa mort en 1747, il semblerait que la construction de la réduction ait été poursuivie par José Grimau, Antonio Forcada et Juan Antonio de Ribera.

																					
Santísima Trinidad de Paraná, construction

La Chapelle principale est véritablement la construction la plus emblématique de par la beauté de son dôme et sa décoration soignée. Si certains affirment que sa construction s’est finit en 1744, d’autres à l’inverse maintiennent qu’en 1756 elle n’était toujours pas terminée. En ce qui concerne les maisons des Indiens, il s’agit de bâtisses avec des arcades en pierres semblables aux anciens aqueducs romains. A l’intérieur des huit maisons restantes, les murs sont recouverts d’une multitude de décoration. La construction de Trinidad s’est faite avec l’aide de la main d’œuvre guarani. Cette fusion de cultures est la conséquence du phénomène de christianisation des jésuites missionnaires.

																					
Santísima Trinidad de Paraná

Considérée comme la plus ambitieuse, elle est aussi la plus vaste puisqu’elle s’étale sur près de 8 hectares. Elle est une référence en tant que mission la plus aboutie et la plus prospère avec une trentaine de peuples au total. Face à cette réduction devenue une ville autosuffisante et structurée, la colonie espagnole décida d’interrompre son fonctionnement en expulsant les jésuites de ces terres espagnols. Avec la guerre des Guaranis et l’expulsion des jésuites elle fut véritablement abandonnée dans les années 1750.

Rapidement construite avec des matériaux trouvés sur place, la réduction Trinidad n’a pas connu le même état de conservation que les Ruines Mayas, par exemple. Principalement constituée de pierre, élément dégradable, elle a été restaurée et consolidée à partir des années 80 afin de préserver l’authenticité et l’historicité du site. Depuis 1993, elle est inscrite au patrimoine mondial de l’Humanité par l’UNESCO.

																					

Missions jésuites de Tavaranguë

Fondée en 1685 à 413 km d’Asunción près des bords du Fleuve Monday, la réduction de Tavarangué est l’œuvre du Jésuite Gerónimo Delfin. Menacée par les Brésiliens, la mission a du être déplacée à 3 reprises : en 1691 elle a été transférée à 10 km du Fleuve Paraná pour ensuite se retrouver au Fleuve Mandisovi et après à Capybary avant de définitivement se stabiliser à Itapúa, à 38 km au nord-est d’Encarnacion et à 9 km de Trinidad.

Tout comme pour la mission Trinidad de Paraná, l’idée est aussi de coloniser de manière différente : coloniser par la croix. Avec l’aide des Guaranis, il y a eu une volonté de construire un patrimoine c’est-à-dire un espace au sein duquel pouvait perdurer l’héritage indigène.

Ce domaine de 5 hectares était destiné à évangéliser et protéger les indiens guaranis. Bien que certaines lois soient rentrées en vigueur pour la défense des Indiens et que le Pape Paul III ait condamné l’esclavage des peuples indigènes en 1537, dans les faits cela n’a pas été respecté.

Appelée « ville de pèlerin », la réduction a été bâtie dans un style a la fois baroque européen, avec des traits rectilignes pour les rues et les maisons et guaranis avec la représentation de divinités animales. Une autre caractéristique de Jésus de Tavarangue c’est l’utilisation de grès rose, aussi nommé « asperon », une roche facilement façonnable.  L’utilisation de chaux est aussi une nouveauté propre aux temples missionnaires.

																					
Tavaranguë, mission  jésuite du Paraguay

En 1750 la réduction comptait 3.000 habitants et ce n’est que peu de temps après, en 1768, que les jésuites y sont chassés sur décret du Roi d’Espagne Carlos III.

Comme pour les autres missions, elle a été vue comme une menace pour l’Espagne or à l’époque elle était toujours en pleine construction. Pour beaucoup la réduction Jésus n’est pas considérée comme une « ruine » a proprement parlé mais davantage comme une grande œuvre inachevée. En effet, le temple avait été dessiné et planifié par l’espagnol Antonio Forcada avec José Grimau et Antonio de Ribera dans le but d’être en grande partie similaire à l’église de Loyola à Rome. L’Eglise a été pensée pour être la plus grande et la plus belle : 60 mètres de hauteur (77 mètres si l’on y inclut la sacristie), 24 mètres de large avec des entrées en forme d’arc qui s’inspirent de l’art mudéjar (christiano-arabe).  L’autel trouve sa particularité dans le fait d’avoir été sculpté dans une seule pierre. Les portes de la sacristie sont ornées d’éléments baroques également sculptés dans la pierre.  Toutefois, l’Eglise ne possède pas de toit en raison de son inaboutissement.

La place principale sur laquelle se trouve l’Eglise est l’axe central de la réduction. D’un côté de celle-ci se trouve les maisons des missionnaires, le collège, les ateliers ou encore le dépôt et de l’autre, le cimetière et la maison commune « coty guazu » pour accueillir les veuves, orphelins, sans abris. Cependant, un détail est à prendre en compte avec la réduction Jésus : l’épicentre n’est pas le cœur de l’Eglise mais bien un de ses cotés et cela probablement à cause de la construction qui n’a jamais aboutie.

La mission avait commencé à accumuler des richesses : 45 chasubles (vêtements revêtus par le prêtre pour la messe) richement ornés pour le culte. Après l’expulsion, il semblerait que les Franciscains aient maintenu un curé dans la ville jusqu’au début du XIXème siècle. Ils auraient tenté de poursuivre la construction durant un temps avant de définitivement l’abandonner. Comme la mission de la Trinidad, elle est classée au patrimoine universel de l’UNESCO depuis 1993.

																					

San Cosme y Damian

Fondée en 1632 par le père Adriano Formoso dans les environs de l’actuelle  ville Santa Maria au sud du Rio Grande au Brésil, la mission sera ensuite déplacée au nord argentin près de la réduction de Loreto et Candelaria (actuel Posadas) pour enfin s’installer au nord du Paraguay, proche de l’endroit où l’Aguapey rejoint le Paraná, dans la région d’Itapúa, en 1718. Pour certains, elle n’y serait qu’à partir du milieu du XVIIIème siècle. Durant les années de déplacements forcés, les pères Grimobal Arenas, Grimobal Portel, Francisco Clavijo et Juan Pastro auraient joué un rôle important. Une partie des villageois n’ont pas suivi ces pères lors de ces déménagements et ont émigré vers d’autres réductions. De la première migration a la dernière, ils sont passés d’approximativement 2 300 à 1 200 habitants. Cependant, la population indigène a connu une forte croissance de 1761 à 1768 en passant de 1 593 à 3 346 habitants.

« Cosme et Damian » renvoie au nom de deux frères jumeaux apothicaires réputés pour leur saint et qui ont été des martyrs en l’an 3000 pendant la 9eme persécution des chrétiens en Sicile sous l’empereur Dioclétien.

																					
Mission jésuite San Cosme y Damian

La réduction guarani des jésuites est célèbre pour avoir été un centre actif d’observation astronomique. Tout débute avec l’arrivée en 1706 du père Buenaventura Suarez qui développa un laboratoire scientifique et créa un observatoire astronomique. A partir d’un télescope, il parvint à construire avec l’aide des indigènes : quadrants astronomiques, tables de mesure, quadrant solaire, jumelles, lentilles et autres objets optiques. Suarez fut sollicité pour ses recherches, ses découvertes et publia en 1740 un livre scientifique de référence. Après sa mort en 1750, d’autres jésuites vont lui succéder et, comme lui, vont laisser leur empreinte dans la réduction. C’est le cas du spécialiste dans la tactique militaire, Johan Gilde qui va enseigner aux indiens différentes techniques pour pouvoir se défendre face aux bandeirantes. Père Scal, agriculteur qualifié, partagea son savoir aux indiens afin d’améliorer la production. Tous deux furent emprisonnés pendant l’expulsion des jésuites et moururent respectivement en 1768 et 1769 lors de la traversée vers l’Europe. Lors de l’expulsion des jésuites de San Cosme et Damian, les espagnols prirent conscience de l’accumulation des richesses de la mission : plus de 25 000 têtes de bétail et plus de 2 300 plantes de maté.

Dans la mission, le collège se trouve à proximité de l’Eglise principale dans la cour de laquelle le quadrant solaire est observé. Il est le seul bâtiment a avoir conservé son toit d’origine. Il existe également à coté un puit d’eau encore fonctionnel. En ce qui concerne le Temple, les murs latéraux étaient richement ornés avec de petites altares, retables et images. Parmi les 22 images retrouvées, une représente les Saints Cosme et Damian. Toutes les constructions et images dateraient des 6 dernières années de la présence jésuite. En 1899, un accident a endommagé le temple et sa restauration fut lancée en 1977 grâce au soutien de l’archidiocèse de Cologne et l’organisation adveniat.

La localité de San Cosmé et Damian est un lieu prospère qui s’est agrandi autour de la réduction jésuite et comporte environ 10 000 habitants.

Les instances permanentes souhaitent que Cosme et Damian soit reconnu comme patrimoine de l’humanité par l’UNESCO.