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Les mennonites du Paraguay

Communauté protestante née aux Pays-Bas au XVIe siècle, les mennonites, las menonitas en espagnol, sont arrivés au Paraguay en 1927 après avoir connu plusieurs exils.

Un père et sa fille, Mennonites, Paraguay

Ce groupe est né de l’intuition d’un ancien prêtre catholique : Mennos Simons. Ses adeptes sont alors communément appelés « disciples de Menos», nom qui se transformera plus tard en mennonites. La foi marque le début de l’histoire des mennonites. Rejetant le monde extérieur, ils vivent selon des règles strictes qui guident leur mode de vie. Ainsi ils acceptent Jésus-Christ, mais refusent la Trinité et le baptême. Ils rejettent également l’autorité de l’Église. Les baptêmes peuvent seulement être pratiqués à l’âge adulte. Le mariage entre mennonites est la norme, le remariage après un divorce est interdit et l’homosexualité non tolérée. Toute forme de violence, dont l’idée même de militarisme, est bannie. De plus, ils accordent une importance toute particulière à leur langue d’origine, le plattdeutsch, et refusent de s’exprimer différemment.

Les mennonites seraient deux millions dans le monde dont 40 000 au Paraguay, selon le dernier recensement de 2010. Il s’agit de la plus grande communauté mennonite d’Amérique latine.

																					
Les mennonites au Paraguay

Un peuple d’exil

Pour comprendre leur arrivée au Paraguay, il faut connaître leur histoire. À partir du milieu du XVIe siècle, les mennonites quittent les Pays-Bas pour s’installer dans la région du delta de la Vistule (actuelle Pologne), dans le but de fuir les persécutions religieuses dont ils sont victimes et s’exempter du service militaire. Des frais vont ensuite leur être demandés pour pouvoir encore bénéficier de ces privilèges. Beaucoup fuient donc la Prusse pour la Russie et y fondent des colonies où l’agriculture devient reine.  Ils sont toujours exemptés de service militaire. En 1877, environ 18 000 mennonites immigrent en Amérique du Nord, au Canada et aux États-Unis, suite à la décision du gouvernement russe d’abroger leurs privilèges. Face à cette immigration massive, les autorités russes reviennent sur leur décision. Les mennonites qui ne se sont pas exilés prospéreront jusqu’au début de la Première Guerre mondiale.

Peu de temps après, la révolution communiste de 1917 bouleverse une nouvelle fois la communauté. Ils perdent leurs terres, sont persécutés pour leur foi et les famines font de nombreux morts. Le Canada, les États-Unis et certains pays d’Amérique Latine leur offrent alors des terres. Pourtant, le Canada impose aux enfants mennonites un cursus scolaire en anglais. Le norvégien Fred Engen, membre des mennonites, rencontre alors des dirigeants paraguayens qui cherchent des pionniers pour exploiter des terres. Les mennonites quittent alors le Canada pour le Paraguay, où ils rachètent des terres au même prix que les terres vendues au Canada. Les premiers mennonites arrivent en 1927 au Paraguay. Mais le pays est chaud et le manque d’eau se fait sentir. Le défi des mennonites de rendre les terres fertiles n’est pas une mince affaire. Pourtant, ils vont transformer le Chaco en eldorado agricole.

Menno est la première colonie mennonite au Paraguay fondée en 1927. Elle recense aujourd’hui environ 10 000 habitants et son centre administratif est Loma Plata. Sont aussi fondées dans le Chaco Fernheim à Filadelfia qui recense aujourd’hui 18 000 habitants et Neuland avec une population de 3 500 mennonites en plein milieu du désert. D’autres colonies plus petites comme Nueva Germania et Volendam voient le jour dans la région Orientale.

																					
Eglise menonnite, Filadelfia

De grands agriculteurs

L’une des grandes réussites des mennonites a été de transformer un désert en jardin. Le Chaco paraguayen a été complètement transformé avec l’arrivée des immigrants mennonites, et ce, pour le meilleur. Agriculteurs travailleurs et ingénieux, leur modèle économique repose sur l’agriculture et principalement la culture de céréales et l’élevage de vaches laitières. Ils créent des coopératives où ils vendent leurs productions, source principale de leurs revenus. Ils ouvrent aussi des magasins de distributions à Asunción où se pressent les Paraguayens les plus aisés car les produits des mennonites sont d’une qualité inégalée.  La vague de modernisation apportée par les mennonites a été très bénéfique au pays, quand on sait que leurs coopératives représentent 75 % de la production de lait du pays.

Au-delà de l’agriculture, la vie des mennonites s’organise autour de la religion et de l’éducation. Dans les colonies, ils construisent un ensemble d’institutions qui rythment leur quotidien : des églises, toujours très simples, des écoles, des hôpitaux modernes et une maison de retraite que chaque mennonite de plus de 70 ans doit intégrer. Les mennonites possèdent leur propre système éducatif. À l’origine, seul l’allemand était la langue d’enseignement. Aujourd’hui, beaucoup de colonies ont ajouté l’espagnol dans leurs programmes scolaires.

Il ne fait aucun doute que les mennonites représentent une puissance économique importante qui pourrait dans le futur connaître des prolongements politiques.

En 2010, une vague d’immigration touche les colonies mennonites. Ces derniers quittent le Paraguay pour des raisons de sécurité, ayant été victimes de vandalisme, d’agressions ou d’enlèvements. On recense quelques cas de kidnapping de mennonites par l’EPP (Ejercito del Pueblo Paraguayo), un mouvement rebelle supposément financé par le trafic de drogue.