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Ao Po’i

En Guaraní, Ao Po’i signifie « tissu fin, vêtement délicat ». Apparut au XIXe siècle en Yataity, dans la région de Guairá au centre du Paraguay, sa confection fait partie des savoirs faire des femmes paraguayennes.

Technique de tissage Ao Po’i

« Yataity vit pour le Ao Po’i & le Ao Po’i vit pour Yataity »

De 1813 à 1840, durant le gouvernement du dictateur José Gaspar Rodríguez de Francia, les frontières se sont fermées dans le but de préserver l’indépendance du Paraguay. De là, les produits d’importations n’existant pas, les femmes ont dû confectionner les vêtements elles-mêmes : filer le coton manuellement, fabriquer les tissus grâce au métier à tisser puis les broder. À ces débuts, le tissage ne comprenait pas encore le détail des broderies. De ces créations est né le Ao Po’i. En premier lieu, elles étaient destinées à l’usage personnel puis avec le temps et l’ouverture des frontières, elles se sont tournées vers l’extérieur. Au-delà d’habiller toute une génération, c’est la qualité des broderies qui est devenue célèbre si bien qu’aujourd’hui, elles font partie des produits artisanaux paraguayens des plus appréciés et s’exportent en grand volume dans les pays voisins et jusqu’en Europe ou encore en Australie & aux États-Unis.

 

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Art ao po’i, Paraguay

Si l’on cherche le vêtement typique de la région d’Yataity, il s’agit alors d’un tissu rustique issu du mélange de coton commun et de coton rouge. Les vêtements brodés à Yataity sont uniques et s’adressent à tout public : enfants, messieurs et mesdames. Mais les accessoires, également, prennent vie à travers ces broderies. L’Ao Po’i est une véritable richesse artisanale, les broderies fusionnent entre tradition et modernité tout en explorant le monde des couleurs. Au-delà d’un tissage, c’est un savoir-faire qui se transmet de génération en génération.

De nombreuses formes et combinaisons de couleurs caractéristiques de l’Ao Po’i existent. Parmi elles, l’on rencontre plusieurs dessins reliés à la Terre ou à la culture paraguayenne. Par exemple, des points floraux comme le Jazmin Ponty ou encore la Marguarita Ponty, « Ponty » en Guaraní signifiant fleur, mais l’on trouve aussi les points « Estrellas » et « Montañitas », comme leurs noms l’indiquent, ils s’apparentent aux étoiles et aux montagnes.

																					
Tissage du Paraguay, Ao Po’i

La confection « à l’ancienne » demande plus de temps et plus de mains d’œuvre. À titre d’exemple, pour la création d’une nappe de trois mètres, une famille entière est occupée pendant des mois, parfois même jusqu’à une année. Pour les artisans, l’authentique Ao Po’i est réalisé manuellement : de la confection du fil à la broderie en passant par le tissu. Aujourd’hui, les coûts de production pour une vente massive imposent un mélange de processus : le fil et le tissu sont industriels et la broderie est faite à la main. Il arrive parfois que l’ensemble soit produit industriellement, et dans ce cas, le coût d’achat sera moindre.

																					
Artisanat du Paraguay, Ao Po’i

Trois matériaux sont indispensables à la confection des broderies Ao Po’i.
1. Le Tissu
Pour commencer, un des éléments de base : le tissu. Il existe une importante variété des couleurs permettant de réaliser des ouvrages colorés et au goût de chacun. Entièrement composé de coton, ce dernier offre un tissu à la trame ouverte qui est idéale pour le climat chaud du Paraguay. La toile peut être « rustique », confectionné manuellement, ou bien elle peut provenir directement d’usine. La toile rustique est travaillée grâce au métier à tisser. Selon sa provenance, la couleur de la toile peut être de couleur naturelle ou bien colorée.

																					
Ao Po’i, tradition du Paraguay

2. Le Fil
Il est important de noter que les fils utilisés autrefois étaient en coton filés à la main. Ce n’est pas toujours le cas à notre époque. Fabriqués industriellement, plusieurs teintes et plusieurs tailles sont proposés à la vente. S’utilisent également aujourd’hui les fils à l’origine destinés pour réaliser le crochet, ces fils sont un peu plus gros que le fil perlé. Avant de commencer à tisser, il est important de préparer ses fils, de les couper en plusieurs morceaux d’environ un mètre. Au fur et à mesure de la broderie, les fils s’ajouteront les uns aux autres grâce à un système de nœuds. Un fil plus fin et plus résistant peut également se retrouver dans ces broderies, il s’agit du filiré.

																					
Ao Po’i, tissage traditionnel du Paraguay

3. L’Aiguille
Et enfin, le troisième élément indispensable à la confection de la broderie Ao Po’i est l’aiguille. Elle doit être épaisse, large et sans pointe. Ces aiguilles ne sont pas les plus communes pour broder, car elles sont normalement utilisées pour travailler le point de croix. Si elles se doivent d’être larges, c’est pour mieux pouvoir les manipuler et faciliter le travail. Il est important qu’elle ne soit pas très pointue, car si elle l’est, il se peut qu’elle déchire les fils.

Chaque année tout au long du mois de novembre a lieu l’un des évènements majeurs de Yataity : la feria de l’Ao Po’i. Une centaine d’artisans se prépare pour cette « feria des vêtements typiques » et s’installe sur la place centrale avec plus de variété chaque année. Cet évènement annuel est une opportunité pour les artisans de la zone de montrer le fruit de leur travail : des broderies fines et de hautes qualités. Nous pouvons compter près de 2.200 personnes se dédiant à l’Ao Po’i : de la confection de vêtements aux nappes en passant par des sacs et autres accessoires.