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Les missions au Paraguay

Les couronnes qui impulsaient la conquête et colonisation du continent américain étaient très empreintes du christianisme. De ce fait, l’aspect religieux a été présent tout au long de cette période.

Autel d’un atelier franciscain, XVIII Yutu, Caazapa, Musée del Barro Asuncion

Les peuples indigènes ont pu sentir cette présence religieuse puisque l’Église avait pour mission non seulement de les éduquer mais aussi de les sensibiliser aux valeurs chrétiennes. Plusieurs courants religieux ont marqué cette période : les Hiéronymites, les Franciscains, les Mercédaires, les Bénédictins, les Jésuites et enfin les Dominicains.

L’ordre des franciscains, basé sur la pauvreté et sobriété évangélique, a été un temps la congrégation chrétienne la plus importante du continent. Présents depuis le premier moment où les Européens ont foulé le sol américain, ils ont participé à la fondation d’Asunción en 1537.  Ils ont peu à peu formé des hameaux puis des villages aux noms guaranis, qui avaient pour fonction d’enseigner le catholicisme et certains offices aux peuples autochtones. Ces rassemblements sont à l’origine de villes qui existent encore aujourd’hui comme Itá, Tobatí ou Guarambaré.

																					
Les premières missiosn jésuites au Paraguay

Les premiers jésuites arrivés au Paraguay sont venus de San Pablo en 1585. Ils se sont installés dans la baie d’Asunción et y ont construit une petite église ainsi qu’une école. Cependant il faudra attendre 19 ans pour que les jésuites s’installent de manière définitive dans le secteur. En 1603 un synode missionne les jésuites afin de réaliser la conquête spirituelle des peuples indigènes. Ils établissent alors les villages appelés « réductions » de San Ignacio de Guazú, de Loreto, d´Itapúa, de Concepción entre autres. Les moines ont enseigné aux indigènes l’agriculture et l´élevage. C’est donc naturellement qu’autour des villages ont retrouve les espaces de culture et de pâturage des bovins.

																					
Les missions au Paraguay

Le système était collectiviste, personne ne possédait de terrain ou de bétail, tous produisaient pour tout le monde. Les pères effectuaient la répartition entre les denrées distribuées à chaque famille, celles destinées aux anciens, aux orphelins et aux invalides et enfin, les réserves faites en prévision des temps difficiles. À son apogée, les jésuites comptaient une trentaine de réductions avec pour capitale Candelaria (située aujourd’hui en Argentine) et comptaient environs 150 000 indigènes. Les estancias jésuites étaient immenses et en plus des importants gains générés par la vente d’herbes à maté, celles-ci avaient des milliers de têtes du meilleur bétail d’Amérique du Sud. De plus, les territoires des missions étaient des enclaves indépendantes où les dispositions du gouvernement espagnol n’ont aucune valeur. Cette prospérité et ce manque de contrôle génère non seulement beaucoup d’envieux mais aussi de nombreuses frictions entre les pères et les colons de haut rang. Ces derniers ont alors instauré une taxe aux missions.

																					
Oratoire d’évangélisation avec Saint François Solano entouré d’indigènes, meuble du XVII

Depuis 1614, une nouvelle menace pèse sur les missions jésuites : les bandeiras portugaises. C’est en réalité des expéditions armées menées par les colons portugais qui capturaient les indigènes pour les vendre comme esclaves. Avec le manque de protection espagnole, en 1631 après le saccage de Villarica, les jésuites entreprennent un exode jusqu’à l’est du Paraná. En une année, ce sont une douzaine de réductions qui migre avec leur bétail. Mais entre 1637 et 1638, les bandeiras attaquent sept réductions jésuites de l’est. Face à cette menace, les pères n’ont pour autre solution que d’armer les indigènes pour pouvoir se défendre. De là, même si les bandeiras essuyaient parfois des défaites importantes, ils n’ont jamais arrêté leurs expéditions en quête d’esclaves durant toute la période où les missions jésuites ont été présentes au Paraguay.