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Elisa Lynch

Elisa Lynch naît le 19 novembre 1833 à Charleville dans le comté de Cork, en Irlande, alors que toute l’île est sous hégémonie britannique.

Eliza Lynch cc Revista de História da Biblioteca Nacional (Issue 54)

Fille de médecin et aînée de 4 frères, elle perd son père très jeune. À 15 ans, elle est mariée à un médecin militaire français, Xavier de Quatrefages. Ils se sépareront en 1853. À l’âge de 19 ans, elle fait la connaissance de Francisco Solano López, à l’occasion d’un bal donné par Napoléon III au Palais des Tuileries. Il s’agit du fils du président du Paraguay, Carlos Antonio López. Ils entament une relation et Elisa Lynch le suit au Paraguay. De cette romance naîtront six enfants.

À son arrivée au Paraguay, elle fait l’objet d’un rejet important de la part du peuple paraguayen, qui s’oppose à l’idée d’un mariage entre le fils du président et une femme étrangère, et divorcée de surcroît. Ce n’est qu’avec le temps qu’elle parvient à se faire une place dans la haute société, jusqu’à devenir une référence en matière théâtre de revue, de décoration française et de mode européenne. Les bals qu’elle donne au Club National sont très courus et les plus grands personnages de l’époque fréquentent sa demeure. Elisa Lynch fait venir plusieurs professeures et institutrices européennes au Paraguay, initiant le développement de l’éducation pour les filles au Paraguay, quasi-inexistante jusque-là.

Lorsque la Guerre de la Triple Alliance éclate, en 1864, elle s’auto-surnomme « la maréchale », et arbore des uniformes militaires. Elle accompagne Francisco Solano López, devenu président du pays, lors de ses nombreuses visites au front et dans les casernes, et se consacre au soin des blessés. C’est ainsi qu’elle devient un symbole pour les troupes paraguayennes.

																					
Elisa Lynch

Grâce à son influence sur Solano López, celle que l’on surnomme « Madame Lynch » parvient à sauver la vie de plusieurs prisonniers. Elle le suit dans la longue retraite vers le nord, abandonnant Asunción puis d’autres villages à l’ennemi. Le 1er mars 1870, Francisco Solano López et leur premier fils meurent au cours de la bataille de Cerro Corá. Elle est renvoyée à Asunción par les soldats brésiliens, accusée d’avoir appauvri le pays, à cause du grand nombre de biens. Une partie a été rapatriée peu à peu vers l’Europe pendant la guerre, et l’autre partie est saisie par les autorités. Elle gagne l’Europe et s’installe à Paris. Plusieurs de ses enfants mourront au cours du voyage.

Elle retourne une dernière fois en Amérique du Sud en 1875, afin de réclamer ses biens saisis, mais elle est expulsée le jour suivant. Bouc émissaire, considérée comme coupable du déclenchement de la guerre, elle ne trouve pas d’alliés à Buenos Aires. Elle publie alors « Exposition et Protestation », un plaidoyer dans lequel elle se défend des accusations portées à son encontre, puis retourne à Paris. Elle y meurt en 1886, des suites d’un cancer du poumon, puis est inhumée au cimetière du Père-Lachaise. En 1961, elle est réhabilitée dans la mémoire nationale par le gouvernement d’Alfredo Stroessner, et devient héroïne nationale. Sa dépouille est alors rapatriée à Asunción par la mer, et repose depuis au musée Historique du ministère de la Défense, dans une urne de bronze.