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La langue guaraní

En 1793, le père Peramás déclare que «  le guaraní n’a rien à envier au grec ou au latin en artifice et en élégance ». Le guaraní est une des deux langues officielles du Paraguay depuis 1992. C’est d’ailleurs une originalité car c’est la seule langue d’origine amérindienne officiellement reconnue dans toute l’Amérique latine. Langue maternelle des habitants, elle est parlée par la quasi-totalité de la population.

La langue Guarani

Parler le guaraní

D’origine indigène, elle se transmet de générations en générations. Sa retranscription écrite est récente. Elle s’effectue à l’aide de l’alphabet latin importé par les missionnaires jésuites au XVIIème siècle. Au total, il compte 33 lettres. À cela, s’ajoutent des signes diacritiques. Ce sont des signes qui modifient le son d’un mot ou bien le différencient d’un homonyme. Il s’agit pour le guarani du tilde «ã» et  de l’apostrophe « ‘ ».

En 1950, le Congrès de la Langue Guarani à Montevideo fixe définitivement l’orthographe. À l’origine de l’initiative, l’activiste Reinaldo Julian Decoud qui dédia une partie de sa vie à l’étude du guarani et traduit par ailleurs le Nouveau Testament,  Joparé Pyahu  en 1963.

Une légitimation récente

Le guarani a connu une histoire mouvementée. En effet, sa reconnaissance et son acceptation par les autorités résultent d’une longue lutte. Si son usage a toujours été commun dans la rue, il n’en était rien du point de vue de son officialisation. Il a fallu attendre le 25 août 1967 pour qu’elle obtienne enfin une valeur juridique dans la Constitution. Elle est alors reconnue langue nationale du Paraguay.

Durant la dictature, le guarani a connu une période sombre. Pendant 35 ans, sous Alfredo Stroessner, les locuteurs étaient pris à partie et humiliés. Dans les écoles, les enfants ne parlant pas en espagnol subissaient des punitions humiliantes. Ils étaient parfois privés de nourriture ou bien battus par leur professeur. Jusqu’en 1989, tel était le traitement réservé à ses locuteurs.

Finalement, en 1992, l’enseignement du guarani est rendu obligatoire et mis sur un pied d’égalité avec l’espagnol. Les défis continuent  d’évoluer pour cette langue souvent malmenée.

																					
Le guarani à l’école, Paraguay

Le guarani face aux stéréotypes

Les stéréotypes autour du guarani ont la vie dure. Cette langue originale se heurte régulièrement à la résistance d’une partie des habitants qui l’assimilent à une langue de seconde classe. Eux-mêmes locuteurs, ils privilégient pour leurs enfants le prestige de l’espagnol, un atout pour leur futur. Parler le guarani est associé à la pauvreté, l’illettrisme et la ruralité. Il est souvent restreint aux foyers. Sa forte présence se retrouve surtout dans les milieux ruraux où deux-tiers des personnes l’utilisent chez eux. Malheureusement, il reste quasi-absent des grandes institutions du pays ce qui accentue d’autant plus les discriminations.

																					
Le guarani seconde langue officielle au Paraguay

Qu’en est-il du guaraní aujourd’hui ?

Les derniers recensements attestent qu’environ 87% de la population parle le guarani. En 1989, le retour à la démocratie marque aussi la renaissance du pluriculturalisme et du bilinguisme avec l’article 140 de la Constitution. L’attachement  envers cette langue amérindienne est fort. Elle est le vecteur de confiance et d’union du peuple paraguayen.  En réponse au phénomène de rejet, le gouvernement tente de trouver des solutions pour sa meilleure inclusion. Depuis 2011 les membres du pouvoir judiciaire étudient dans les deux langues officielles. En outre, lors d’un procès, le requérant peut choisir son mode d’expression : le guarani ou l’espagnol. L’objectif est donc progressivement d’atteindre la parité.  Enfin, en 2014, le Mercosur, la communauté économique régionale sudaméricaine l’intègre comme langue officielle de travail.

Le guarani reste ancré dans le cœur du Paraguay comme véritable fierté nationale. L’histoire et le statut de cette langue indigène rendent ce pays si unique.